Le dropshipping, le nouveau fléau d’internet ?

de | 24 novembre 2019

Le terme dropshipping est encore méconnu du grand public, bien que celui ci y ait de plus en plus affaire sans le savoir. Nouvel Eldorado chez les entrepreneurs du web, le dropshipping n’est ni illégal ni immoral en soi, mais peut conduire à des abus aussi bien au détriment des entrepreneurs que des clients.

Le dropshipping, c’est quoi ?

Vous avez probablement déjà eu affaire au dropshipping si vous avez déjà acheté un produit sur internet. La plupart des géants de l’e-commerce tel qu’Amazon propose des services de marketplace aux fournisseurs, et le marketplace est une forme de dropshipping. Concrètement, un site pratiquant le dropshipping est un intermédiaire qui permet de commander chez un fournisseur tiers, sans avoir besoin de gérer le stock et la livraison. Sur le papier, le dropshipping est donc un business simple à mettre en place et à gérer, tout en permettant des gains rapides. Du moins c’est ce qui est vendu à l’entrepreneur.

L’arnaque des formations bidons

Les premières victimes du dropshipping sont les entrepreneurs, à qui l’on promet de l’argent facile, rapide, récurrent, légal et sans avoir besoin de travailler. A première vue, le business du dropshipping est en effet alléchant et ressemble au business idéal, puisqu’il nécessite peu d’investissement matériel, peu de moyen financier, et qu’il permet de rapporter gros. Malheureusement la réalité n’est pas aussi simple.

Il est en effet assez rapide de construire un site e-commerce de dropshipping, certains services comme Shopify sur le net permettent même de le faire en quelques minutes sans avoir besoin de connaissance informatique. Seulement un site qui n’a ni visiteur ni produit ne sert pas à grand chose, et c’est là que ce trouve le gros du travail. Quoi vendre et à qui ? L’entrepreneur qui se lance dans ce business se rend vite compte qu’il a besoin d’informations, de conseils, de savoir faire, comme pour n’importe quel type de business finalement. Et c’est là que nos filous interviennent.

Pendant la ruée vers l’or, ce n’est pas les chercheurs d’or qui se sont le plus enrichis, mais les vendeurs de pelles et de pioches

Dans le dropshipping, l’or représente les clients, et les marchands de pelle sont représentés par les multiples vendeurs d’acquisitions de contenus tel que Facebook Ads, Google Adword, les influenceurs snapchat, instagram etc. Car il faudra passer par la case acquisition de trafic payant si vous voulez faire du chiffre. Personne ne trouvera votre site parmi le milliard de site existant si vous ne payez pas quelqu’un ou quelque chose pour le mettre en avant. N’oubliez pas que vos concurrents seront en plus des autres sites de dropshipping, Amazon et consort. Maîtriser tous ces outils est loin d’être simple, il faut en effet des compétences en marketing, savoir cibler une clientèle et comprendre le principe de l’offre et de la demande. Analyser le besoin et la concurrence concernant un produit est loin d’être simple. Et ce ne sera pas le travail d’un google de vous apprendre à gérer tout ça. Et c’est là qu’intervient l’arnaque.

Le vendeur de formation, ou le vendeur d’élixir miracle des temps modernes

Si vendre des pelles n’est pas immoral et encore moins illégal, la vente d’élixir miracle est en revanche beaucoup plus ambigu. Comment monter son site de dropshipping, comment utiliser Facebook ads, comment manipuler Photoshop ou Gimp pour réaliser de belles publicités… Toutes ces informations sont importantes, mais quelles sont leurs prix ? Le vendeur d’élixir miracle va vous vendre ces informations à prix d’or, un peu comme le vendeur d’élixir miracle vendait à prix d’or une simple bouteille d’eau, qui n’était pas mauvaise en soi, mais qui ne valait absolument pas ce prix.

L’eldorado du dropshipping a lancé un nouvel eldorado, celui de la formation en ligne bidon, qui vend du rêve en exploitant deux aspects de la psychologie humaine : Le désir très fort de gagner de l’argent rapidement et sans effort, et la peur de manquer une occasion unique. Si un entrepreneur qui a de la bouteille aura les armes pour détecter l’arnaque, ce ne sera pas le cas d’un nouveau venu dans le monde du business. Il faut cependant bien comprendre qu’une formation en ligne ou que le dropshipping en soi n’est pas une arnaque. L’arnaque se situe dans le prix démesuré de la formation par rapport à sa valeur réelle, en promettant des choses fausses et en truquant les chiffres afin d’embellir la réalité. Il est possible de trouver sur Amazon ou autre, des ebook très bien réalisé coûtant 10 euros et présentant les mêmes informations qu’une formation à 3 000 euros.

Pourquoi ces formations se vendent ?

Les vendeurs de formation bidon sont des experts en marketing, et reprennent point par point les méthodes américaines de storytelling, à tel point que ça en devient une blague récurrente sur le net.

800 000 euros en 3 jours grâce au dropshipping !!! Je vous dis tout dans ma formation vendue exceptionnellement au prix de 3 000 euros au lieu de 9 000 euros !!!

Il faut se poser la question de l’intérêt de vendre des formations quand on gagne autant d’argent en si peu de temps. Chaque nouvel entrant dans le business est un nouveau concurrent, alors pourquoi inciter des personnes en masse à tenter l’aventure quitte à saturer le marché ? Parce que leur véritable business est dans la formation et non l’ecommerce. Il faut pour réussir à vendre des informations valant quelques dizaines d’euros au prix de quelques milliers d’euros, être très fort en marketing, ou plutôt être très fort en copier coller des méthodes américaines, qui sont de loin les plus avant-gardiste dans ce domaine.

Pour cela, les méthodes utilisées se ressemblent toutes. La première est de gonfler les chiffres, comme faire passer du CA pour du salaire. Effectivement gagner 10 000 euros par mois avec de l’ecommerce ne veut pas dire gagner 10 000 euros de salaire, surtout dans le dropshipping qui demande un budget conséquent en publicité. Si vos produits à l’achat vous coûtent 2 000 euros, que vous payez 1 000 euros d’acquisition de trafic, il ne vous reste que 5 000 euros et 2 000 euros de charges sociales (si vous restez en France et selon le type d’entreprise, EURL, SAS…). Bien entendu 5 000 euros reste un très bon salaire, mais il vient déjà d’être divisé par deux selon la promesse initiale. Et ce sera dans le meilleur des cas, la plupart du temps il sera divisé par 3 ou 4 voir plus par rapport aux résultats mis en avant. Et s’il est possible de gagner de l’argent dans le dropshipping avec de la persévérance et des compétences, la plupart des nouveaux venus ne gagneront rien ou pas grand chose.

La seconde méthode est de magnifier son mode de vie. Les vidéos sont souvent tournées dans une villa avec une belle voiture pas très loin. Une villa et une voiture ça se loue à la journée. Ça fait bien plus rêver que le F2 en banlieue parisienne, mais ce sont des paillettes reprises encore une fois des maîtres du genre aux USA.

L’arnaque des produits vendu 20 fois plus cher

La deuxième arnaque concerne non pas les entrepreneurs mais les clients. Pour devenir riche rapidement avec de l’e-commerce, il est préférable d’avoir une grosse marge sur la vente. Quand dans le domaine il est de coutume de faire du 30%, voir du 50%, dans le dropshipping il est possible de faire du 2000% ou plus. L’astuce est simple, il suffit de coupler son site avec Aliexpress (par exemple), qui est une filliale d’Alibaba le géant du ecommerce chinois. Alibaba n’est en rien une arnaque, les produits sur ce site peuvent être bon ou mauvais comme partout ailleurs, mais ceux en toc y ont la réputation d’y être particulièrement peu chers.

Regardez par exemple cette bague, combien seriez vous prêt à l’acheter ?

Seriez vous prêt à mettre 60 euros ? Et si, une influenceuse Instagram que vous aimez bien, la portait et passait 10 minutes par jour à en vanter les mérites ? 60 euros pour avoir les mêmes bijoux qu’une femme qui a tout réussi dans sa vie, c’est presque donné pour la petite adolescente de 14 ans qui a des étoiles dans les yeux en rêvant tous les soirs de devenir comme son idole. Ben raté, la bague ne coûte même pas 3 euros sur Aliexpress livraison comprise. Ce business très juteux repose sur deux points :
– La méconnaissance du public des sites comme Aliexpress, et donc la méconnaissance du public de la vrai valeur des produits présentés
– L’influence des « stars » des réseaux sociaux, Instagram, Snapchat par exemple, et leur manque de scrupule (pour certaines) à inciter contre quelques dizaines de milliers d’euros leurs followers a faire de mauvaises affaires.

La double arnaque qui doit être démantelée

Les arnaques liés au dropshipping ont tellement fleuries ces derniers temps que le marché en est devenu saturé. Ce qui est dommage car je rappelle que ce business n’est pas une arnaque à la base, il est possible de faire du dropshipping de façon morale, tout comme il est possible de vendre des formations très importantes au bon prix. Internet est une jungle, entre les paris sportifs, les MLM et les faux traders (si vous vous intéressez au trading, suivez les vrais formateurs et non les vendeurs de rêves), il faut savoir reconnaître les arnaqueurs et surtout évaluer le prix de ce qu’on tente de vous vendre en permanence.

Une réflexion au sujet de « Le dropshipping, le nouveau fléau d’internet ? »

  1. Nicolas

    Très bon article qui explique le fond du problème : les pseudos formateurs gagnent sans doute plus leur vie en vendant des formations qu’en appliquant leurs propres conseils.

    Mon point de vue c’est qu’il y a forcément des gens largement malhonnêtes dans ce « business ».

    A mon avis, la plupart des vidéos de ventes de formation dropshipping sont attaquables pour publicité mensongère à partir du moment où le mec prétend avoir une voiture de luxe ou une villa à 1 M€ (ceci dit, je ne suis pas juriste…).

    D’ailleurs, je parle de « business ». Mais, en toute logique, si je suis capable de gagner 557 000€ en 5 mois avec mes seules compétences, le truc le plus rationnel à faire c’est d’embaucher quelqu’un pour qu’il recommence sur un autre produit ou une autre niche pour doubler, tripler, quadrupler la mise. A la limite, je peux même le faire moi-même si c’est juste en travaillant « 1h par jour » (ne riez pas je l’ai déjà vu).

    Après tout, c’est ce que font les entrepreneurs : quand un projet fonctionne et que le client est content, il utilise ses compétences auprès de nouveaux clients ou revend des services ou produits à ses premiers clients.

    Il n’y a aucun intérêt à vendre des formations clé en main pour se créer des concurrents.

    Quand je pense qu’on nous pond des lois sur les méchants « cookies » des navigateurs, mais que ce genre de pratique ne pose pas de problème au législateur… Le monde tourne à l’envers !

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